Nicolas Tarkhoff
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Sa Vie

Nicolas Tarkhoff Sa vie, his life

Nicolas Alexandrovitch Tarkhoff  (Николай Александрович Тархов), naît à Moscou, le 2 janvier 1871, dans une famille de commerçants aisés. Il manifeste une vocation artistique précoce, « éperonné depuis toujours du fervent désir d’être peintre » (1). Cependant, son enrôlement, à l’âge de dix-huit ans, dans la milice provinciale pour y accomplir un service militaire et un emploi aux Chemins de Fer de Brest-Litovsk retardent son entrée dans le monde artistique.

 

En 1894, contre la volonté de son père, il passe l’examen d’admission à l’Ecole de peinture, sculpture et architecture de Moscou. Le jury de cette école, pourtant moins conservatrice que celle de Saint-Petersbourg, lui refuse son admission en raison de son tempérament révolutionnaire. En 1897, il intègre l’atelier du peintre impressionniste Constantin Alexeïevitch Korovine (son aîné de dix ans) à Moscou. Il y fait la connaissance de Pavel Kuznetsov, Vassili Polenov et Valentin Serov.

Le petit groupe peint avec ingéniosité des modèles nus proposés par Korovine : « Chacun était supposé peindre hardiment en balayage, avec un large pinceau, avant d’entrer dans les détails et les nuances. » (2)

 

1894-1898 : Moscou. Premières créations, premiers succès.

 

Les premières œuvres d’atelier de Nicolas Tarkhoff, exposées en 1897 à la 17e exposition de la Société des Beaux-Arts de Moscou, côtoient celles de Levitan, Korovine et Serov et rencontrent l’adhésion du public moscovite. On raconte qu’il peint d’une manière totalement nouvelle. Il participe également à la première exposition du Monde de l’Art (Мир искусства). Malgré ces premiers succès, il décide de s’affranchir du cercle moscovite et, en 1898, prend le train pour Munich où vit une communauté d’artistes russes. En novembre de cette année-là, il se fixe définitivement à Paris – le centre rayonnant de la création artistique – où il avait précédemment séjourné avec son ami le peintre Nicolas Millioti. Il parle déjà un excellent français, grâce à la gouvernante française de son enfance.

 

Le 12 décembre 1898, il intègre l’atelier de Jean-Paul Laurens (Académie Julian) pour y perfectionner la technique du dessin – bien qu’il manifeste ses désaccords avec le maître et qu'il dessine comme bon lui semble –, puis celui de Luc-Olivier Merson. En marge de l’enseignement académique, il visite les galeries et les Salons, et s’enthousiasme devant les œuvres de Van Gogh, Gauguin, Cézanne et Carrière, qui « ont révélé les dons qui dormaient en lui et ont éclairé son chemin. » (3)

 

1898-1910 : les années parisiennes. Une reconnaissance internationale.

 

La capitale offre à Nicolas Tarkhoff les sujets les plus captivants de la vie parisienne. Avec une gestuelle affirmée et une force instinctive, il restitue le flot tourbillonnant des foules sur les boulevards, la féérie des fêtes foraines et des carnavals, la course des fiacres, le flux de la Seine ou les scènes de marchés. Il voyage en Bretagne et en rapporte de puissantes marines. Régulièrement, il quitte Paris, en train ou en bicyclette, pour les beaux et paisibles paysages de la Vallée-de-Chevreuse (au sud de Paris) où il plante son chevalet.

 

Jour après jour, il façonne un art qu’il théorise lui-même : « Fixer le plus possible la vie des formes par la richesse de leurs couleurs. » (4) Ces formes s’organisent sur la toile en touches fougueuses jusqu’à céder aux traits de l'abstraction. Cet « impressionniste d’instinct », (5) animé d’un caractère indépendant et passionné, invente ou réinvente, par sa propre écriture picturale, tout un univers plastique. Son trait, rapide et incisif, se fait impressionniste, divisionniste ou synthétique, projeté parfois en souffle expressionniste qui le rapproche des « Fauves ». Un trait toujours guidé par son ardeur et sa perception si personnelle de la peinture.

 

Très vite, les œuvres de Nicolas Tarkhoff séduisent les critiques d’art (Apollinaire, Forthuny, Ary-Leblond, Mercereau). Il participe aux principales manifestations collectives parisiennes et européennes : aux Salons des Indépendants, dès 1901, aux Salons de la Société des Beaux-Arts, aux Salons d’Automne, dont il devient sociétaire en 1907 et à ceux de Bruxelles, Berlin, Venise, Rome, New-York (Armory Show en 1913)… Il adhère à l’Union des Artistes russes (6) et expose régulièrement à Moscou et  Saint-Pétersbourg.

 

En 1904, il rencontre Yvonne Deltreil qu’il épousera le 15 avril 1905. Cette jeune femme, mère d’un garçon de cinq ans, l’accompagnera tout au long de sa vie et soutiendra courageusement sa passion. En mars 1905 naît Jean, suivi en août de l’année suivante par Boris. Sa peinture se fait alors plus figurative, mais toujours exprimée de « manière fragmentée, mobile, tachée goutte à goutte, aux valeurs enchevêtrées […], cela toujours avec la pleine magnificence de la couleur ». (7) Il délaisse alors le vaste espace de la rue, et les foules en mouvement, pour le cadre intimiste de son appartement parisien. Les « Portraits » et les « Maternités », peints avec tendresse, deviennent les sujets inépuisables d’un bonheur familial. Il affirmera plus tard préférer ce thème à ses autres travaux.

 

En mai 1906, Ambroise Vollard, qui expose notamment Cézanne, Renoir, Picasso, Matisse et Van Dongen, lui consacre une grande exposition. Le succès est total. Le galeriste lui propose même l’achat de toute sa production… à un prix trop modeste qui provoque la colère de Nicolas Tarkhoff. La rupture est brutale et l’artiste perd alors un précieux soutien. Qu’importe, Berthe Weill, Eugène Druet, Edouard Devambez l’accueillent dans leurs galeries parisiennes. Le succès se poursuit, les achats aussi.

 

En 1909, Nicolas Tarkhoff quitte avec sa famille son appartement-atelier de la rue Belloni pour celui très confortable du quartier de Montparnasse (Paris). De la fenêtre de son appartement de la place du Maine, il restitue les fumées des locomotives de la gare, flamboyantes de couleurs dans l'intensité d'un soleil de feu, et compose des scènes nocturnes où chevaux et fiacres s’animent dans le jeu des lumières des lanternes… Cette année-là, ses amis critiques d’art, Marius et Ary Leblond, lui consacrent plusieurs pages dans leur ouvrage Peintres de Races, aux côtés de Gauguin et de Van Gogh.

 

En 1910, une importante exposition personnelle lui est consacrée dans le cadre du 7e Salon de la Revue Apollon (Аполлон) (8) à Saint-Pétersbourg. Ses œuvres, prêtées par de célèbres collectionneurs (Zadoc Kahn, baron de Rothschild, Frantz Jourdain…) et l’Etat français, témoignent de son succès et de sa reconnaissance internationale dans son pays d'origine. Lors du Salon d’Automne de 1911 à Paris, Guillaume Apollinaire remarque ses peintures : Voici « […] les toiles hautes en couleurs des Fauves, […] voici encore de belles toiles de Tarkhoff ». (9)

 

1911-1930 : Orsay. Loin de la ville, le « peintre-paysan ». Les temps difficiles.

 

Loin des mondanités parisiennes, Nicolas Tarkhoff aspire à peindre au plus près de la nature, comme les Impressionnistes, aux côtés des travailleurs de la terre. (10) Un environnement propice à une autre créativité, une thématique en harmonie avec son tempérament plus apaisé. En 1911, il prend alors une décision lourde de conséquences : il quitte définitivement Paris, avec sa femme et ses enfants. (11) Il s’enracine à Orsay, un petit bourg de la Vallée-de-Chevreuse, dans une maison entourée d’arbres, de champs et d’animaux, un lieu qu’il a déjà peint auparavant. En août 1912, nouveau bonheur : la naissance de sa fille Hortensia.

 

Mais cette retraite l’isole progressivement d’un univers artistique en pleine mutation. Seuls, quelques amis, comme Chagall, Lhote et Luce, maintiennent épisodiquement le contact avec lui. Les premières difficultés financières se font sentir. Puis vient la Guerre de 14-18 qui freine les ventes. Après la Révolution bolchévique en 1917 – à laquelle le couple adhère avec enthousiasme – il n'expose plus en Russie. La gêne financière devient de plus en plus préoccupante : « […] à cause de la crise immobilière et des idées réactionnaires des habitants, je dois lutter tous les jours pour survivre. S’y ajoute la crise artistique et les difficultés pour vendre mes toiles ». (12) Sa présence aux Salons se raréfie. Derain l'aide financièrement en lui achetant quelques œuvres. Il envisage même de retourner vivre en Russie. Les années 20 deviennent de plus en plus éprouvantes : les privations et une maladie du larynx l'épuisent ; la rupture d'Hortensia en 1929 avec sa famille constitue un véritable drame.

 

Il meurt le 3 juin 1930 dans une grande misère. Une rétrospective de son œuvre lui est consacrée la même année au sein du Salon d’Automne. Dernier soubresaut de reconnaissance avant l’oubli. Une galeriste parisienne, Madeleine Oury, la femme de son ami le peintre Marcel-Lenoir, aide Yvonne Deltreil en achetant une grande partie des œuvres de l’atelier. Celles-ci  sont redécouvertes par des collectionneurs passionnés à partir des années 60. L’un d’eux, Oscar Ghez, lui consacre tout un espace dans son Musée du Petit Palais à Genève (Suisse) et organise à partir de 1981 plusieurs expositions en Russie, en France, en Espagne et aux Etats-Unis. En 2014, la ville d’Orsay salue sa mémoire. Aujourd’hui, une partie importante de ses peintures est accueillie en Russie, à Moscou, où il rêvait de revenir.

 

 

1. Pascal Forthuny, Préface du catalogue de l’exposition à la Galerie Druet, 1909.
2. P. Kuztnetsov, Mastera iskusstva de iskusstve, Moscou, Izd-vo Iskusstvo, 1970.
3. Sergei Makovsky. Revue Apollon (Аполло́н), N° 12, décembre 1910.
4. Pascal Forthuny, Préface du catalogue de l’exposition à la Galerie Druet, 1909.
5. Idem supra.
6. Lors de la crise qui affecte l’Union des Artistes russes en 1910, Nicolas Tarkhoff rejoint les scissionnistes regroupés au sein du Monde de l’Art (Мир искусства).
7. Idem supra.
8. La revue Apollon (Аполло́н) est une importante revue mensuelle russe de peinture, musique, littérature et théâtre qui paraît de 1909 à 1917 à Saint-Pétersbourg. Elle est dirigée à partir de 1909 par Sergueï Makovski.
9. Guillaume Apollinaire, Promenade au Salon d’Automne, Grand Palais, 1911.
10. Dans sa lettre à A. N. Benois, décembre 1911, Tarkhoff écrit : « Je vis dans la solitude et travaille comme un paysan sur son lopin de terre. », Correspondance in Nicolas Tarkhoff, Valentina Byalik, Moscou, 2006. Traduction Michel Bacalu.
11. Jean-Baptiste-Eugène-Alberic, le fils d’Yvonne Deltreil, part vivre chez sa grand-mère maternelle à Bordeaux peu de temps après l'arrivée de la famille à Orsay.
12. Lettre de Tarkhoff à I. E. Grabar, janvier 1928. Correspondance in Nicolas Tarkhoff, Valentina Byalik, Moscou, 2006. Traduction Michel Bacalu.
 

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